Le choix des mots

Quand on m’a demandé de m’inscrire à la CAF pour la naissance d’O., j’ai été désappointée mais pas surprise de devoir faire les démarches sans que mon mari soit concerné. Je l’ai été un peu plus quand la CAF m’a automatiquement donné le nom de mari sans que je puisse corriger leur erreur. J’ai compris que c’était le début des problèmes. Ainsi, au fil des mois, j’ai relevé quelques mots  que je juge problématique.

Le congé maternité

Je comprends l’utilisation dans le lexique du droit du travail mais pour le plus grand nombre, cela sous entend clairement « vacances ». Il suffit de voir la liste des synonymes proposés.

Capture d’écran de synonymo.fr

Repos ? Loisir ? Inactivité ? Non-activité ? Relâche ? DÉTENTE ? Ok…il faut vraiment ne jamais avoir VU d’enfants pour penser cela.

Et pourtant certaines personnes font des remarques  : « ha mais ton mari fait la cuisine ? mais toi tu fais quoi ?« .  J’allaite, je change des couches, je réconforte, etc. Clairement j’aide un enfant à grandir. J’ai la responsabilité chaque jour qu’il reste en vie et qu’il ne soit pas trop traumatisé. « Ça va, t’as pas le droit de te plaindre ; tu l’as choisi« .  Clairement, je fais passer mon enfant en priorité car il n’a pas choisi de venir au monde. Ce n’est pas un choix mais une évidence. Manger, dormir, boire, faire pipi : toutes ces choses simples sont parfois, voir très souvent, reléguées au second plan une fois que les besoins de mon fils sont comblés. J’assume mais c’est parfois épuisant.

Les assistantes maternelles

Il n’y a que les mères qui ont besoin d’aide ? C’est bien que le vocabulaire relève l’implication majeure des femmes dans l’éducation des parents mais j’aime croire que les mots peuvent changer les mentalités autant que les mentalités peuvent changer les mots. Si l’on utilisait « parental » au lieu de « maternel », cela banaliserait peut être plus l’implication des pères. Parce que ça aussi, c’est énervant. Tout le monde s’extasie quand mon mari change une couche alors qu’aux yeux de ces mêmes personnes, il est normal que je m’occupe de notre fils. Si je me souviens bien, on a fait cet enfant à deux.

D’ailleurs, pour cette société, il est tolérable qu’un père soit distant de son enfant. Il ne sait pas faire, il a peur, il n’assume pas, etc. Mais si ces paroles concernaient une femme ? Je ne développe pas, vous connaissez la réponse 😉

Le baby blues

Je ne nie pas l’existence du baby blues, je trouve simplement que cela devient l’excuse facile. Honnêtement avec le manque de sommeil, la nouveauté qu’implique un nouveau-né, les changements corporels et hormonaux, le rythme à retrouver dans son couple, son enfant intérieur qui ressurgit, etc. ; je pense que n’importe qui serait perturbé sans que cela soit une franche dépression. Ce mot pour moi est une manière de nier les autres réalités derrière la parentalité. Voici quelques exemples, écrits évidemment sous le ton de l’ironie :

  • Votre compagnon ne fait rien à la maison et vous craquez ? Non il n’a pas besoin de se remettre en question, c’est juste le baby blues.
  • Vous n’arrivez pas à allaiter et vous n’avez pas de soutien de la part de l’équipe médicale ? Non mais donnez lui un biberon, vous faites un baby blues.
  • Vous craquez car vous en avez marre des projections d’autrui ? Laissez donc les gens parler à votre place, vous prendre la tête et prenez un anxiolytique. C’est juste le baby blues !

Il y a tellement de choses simples à faire pour faciliter la vie des parents que je trouve ça aberrant de ne pas chercher à le faire. Si vous en avez dans votre entourage, écoutez les surtout si la personne allaite et est dans une démarche de parentalité proximale. Offrez lui vos services (repas, ménages, etc.). Personnellement je ne me sens pas prête à laisser mon fils pour prendre du temps à deux mais j’apprécie qu’on le prenne pour que je puisse manger / prendre un bain, etc. J’adore aussi partager des moments qui ne sont pas tournés autour de mon fils : parlez moi de vos conquêtes amoureuses, vos derniers restos testés, votre vie au boulot ; j’adore ça. Un débat sur le féminisme, c’est encore mieux.

Alors n’hésitez pas à commenter ! Quels sont les mots qui vont le plus énervés en tant que parents ? 

Post Scriptum

J’ai écrit cet article sur l’angle du sexisme mais on pourrait creuser la question du vocabulaire de la parentalité sous l’angle de l’homophobie, de la transphobie. Je m’efforce d’y faire attention lorsque j’écris alors n’hésitez pas si vous avez des corrections à apporter. Merci beaucoup !

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